textes sacrés

Présentation générale : textes sacrés, arts et sciences



            Le projet initial se voulait le plus large possible. Les réponses à l’appel à contribution ont été légèrement moins variées que n’aurait pu le permettre l’ouverture du champ d’étude. Toutefois, une certaine diversité a été conservée. Ce travail collectif veut se distinguer (sans en remettre en cause l’intérêt) des études, déjà fort nombreuses, sur un texte sacré particulier dans ses rapports avec une discipline particulière. L’élargissement du champ de travail à plusieurs textes sacrés, orientaux et occidentaux, et à plusieurs disciplines, sciences dures et sciences humaines, permet d’interroger, au-delà de toutes les problématiques particulières, la notion même de sacralité d’un texte dans son rapport avec les activités humaines que sont les arts et les sciences.

 

- Quels textes ?:

            Les« textes sacrés » auxquels fait en priorité référence le titre du colloque sontl’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. Le projet initial n’excluait toutefois aucune proposition sur les textes fondateurs d’autres religions, ou sur la tradition et les commentaires exégétiques, même lorsqu’ils n’ont pas le statut de textes sacrés.

            La quasi-totalité des interventions retenues (douze sur treize) s’attache à la Bible, entendue comme l’ensemble des deux Testaments. Toutefois, le principe initial de diversité est maintenu par l’intervention en géopolitique qui s’intéresse à la fois à la Bible et au Coran, et par une étude sur les Entretiens de Confucius.

 

- Quelles orientations problématiques générales ?

            S’ils ont en premier lieu le statut de référence fondatrice d’une religion et de socle de foi vive, les textes sacrés ont une influence qui déborde largement la seule sphère religieuse. Ils sont en grande partie constitutifs de l’imaginaire et des mentalités : outre les mythes (qu’ils soient encore ou non objets de foi) qu’ils proposent, ces textes ont formé des catégories mentales devenues si fondamentales qu’on en oublie qu’elles ne sont pas innées. Par exemple, la perception occidentale de l’espace (organisé selon un axe horizontal et un axe vertical) et du temps (comme écoulement allant d’un début à une fin) trouve son origine dans la Bible et n’est pas évidente dans des zones où les mentalités se sont construites autour d’une autre tradition spirituelle.

            Les textes sacrés sont aussi « le Grand Code de l’Art », selon l’expression de William Blake au sujet de la Bible[1] : « Grand Code de l’Art » en tant que réservoir d’images, de mythes, mais aussi en tant que texte « philosophique » et en tant que texte poétique, vecteur de formes, de rythmes, dans lequel s’ancre non seulement la langue littéraire mais aussi la langue quotidienne.

            Chaque intervention s’intéressera aux relations existant entre un texte sacré et une discipline ou un art à travers un exemple précis. Si la Bible constitue une référence, un intertexte, un modèle ou un repoussoir, la science ou l’art concernés peuvent en retour modifier, sinon le texte sacré lui-même, du moins la perception qu’on peut en avoir – modification qui, à son tour, aura des répercussions auprès d’autres artistes et scientifiques. À l’horizon des interrogations propres à chaque intervention, se trouve une réflexion sur la notion même de sacralité d’un texte dans ses rapports complexes avec les activités profanes que sont les arts et les sciences.

- A l’épreuve de quelles sciences ?

            Le projet initial était ouvert à toutes les disciplines universitaires. Envisagés en tant que socles imaginaires et réservoirs mythiques, poétiques et philosophiques, les textes sacrés sont des objets de choix pour les sciences humaines. La littérature peut, notamment, étudier le texte sacré lui-même comme texte littéraire ou adopter des perspectives intertextuelles (utilisation du texte sacré dans un texte profane). L’Histoire de l’art peut se confronter à de multiples problèmes, à commencer par celui de l’adaptation visuelle du « Verbe de Dieu » ou celui de l’interdiction de l’image. De même, l’Histoire, la géographie, la philosophie, la musicologie, la sociologie, la psychologie, la linguistique… ont leur place dans ce champ de recherche. L’appel à contribution s’adressait aussi à des chercheurs en sciences « dures ». Les questions de la représentation de l’univers, de l’homme, de l’espace-temps… intéressent la biologie, la physique, les mathématiques…, mais aucune proposition en « sciences dures » n’a été faite. En revanche, les sciences humaines sont bien représentées : si la Littérature et l’Histoire de l’art se taillent la part du lion, la philosophie, la linguistique, l’Histoire et l’Histoire des sciences feront aussi entendre leur voix. Par ailleurs, la géopolitique, « démarche scientifique »[2], trouvera elle aussi sa place dans la réflexion générale.

[1]Citée par Northrop Frye, Le Grand Code. La Bible et la littérature, Paris, Seuil, 1984 (titre original : The Great Code, The Bible and Literature, Harcourt Brace Jovanovich, Publishers, 1981).

[2] La géopolitique est l’étude et l’analyse des rapports de force et des rivalités de pouvoir entre différents acteurs sur ou/et pour un territoire donné. Les phénomènes étudiés sont majoritairement aléatoires : la géopolitique, quoique rigoureuse, ne doit donc pas être considérée comme une science systématique.